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Une heure avec...

Sami Tchak

“Raconter, c’est au moins s’approcher de l’espoir de transmettre. À qui ? On ne sait pas vraiment”

| Propos recueillis par Margaux Lombard.

Portrait de Sami Tchak à venir.

+ Retrouvez la playlist de Sami Tchak à la fin de l'entretien.

Auteur prolifique, il a publié une quinzaine de livres depuis 1988, dont le dernier est Les fables du moineau, paru début 2020 chez Gallimard.

Comment êtes-vous arrivé à l’écriture, pour peu qu’il soit possible d’en retracer la genèse ? Quelle place occupe-t-elle pour vous ?

Je n’ai pas ce que l’on pourrait appeler une légitimité, dans la mesure où je ne viens pas d’un milieu où il y avait des livres. Personne dans ma famille ne lisait ni n’écrivait en français. J’ai très peu lu au collège et au lycée, les bibliothèques contenaient assez peu de livres de sorte qu’il était difficile de les emprunter pour les ramener chez soi. La curiosité de la lecture n’était pas encouragée par les professeurs, qui se contentaient de faire cours avec des photocopies.

J’ai commencé à lire sérieusement à l’université, à vingt ans. À l’aide de ma bourse et avec ce qu’il me restait de mon salaire d’instituteur, j’achetais des livres, de philosophie surtout, mais aussi des romans. Cette découverte tardive a peut-être été une chance. Il y avait chez moi la fascination de celui qui découvre l’aube quand le soleil est déjà tombé. Mon enthousiasme s’est très vite doublé d’une envie, non pas nécessairement d’écrire, mais d’imiter. Tout le monde a commencé par imiter d’une manière inconsciente, moi c’était conscient, je prenais des textes de philosophie et je me disais : si je devais le transformer, comment ferais-je ?

Il s’est passé du temps - mais peut-être trop peu - avant que j’arrive à l’idée d’écrire et de publier. Après l’obtention de ma licence à vingt-trois ans, j’ai enseigné, et à vingt-cinq ans j’ai commencé à écrire Femme infidèle, publié au Togo en 1986. Je le trouve médiocre et sans intérêt, cependant c’est le plus connu au Togo ! Sans doute parce qu’il s’inscrit dans une thématique que tout le monde connaît, la polygamie. C’est également ce livre que l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie) a choisi de faire traduire dans ma langue maternelle, le Tem, et en Mina, l’une des langues les plus parlées au Togo. C’est le seul de mes livres à avoir été aussi "pris au sérieux” par une institution internationale, alors que pour moi c’est le plus anecdotique.

“Toute personne qui m’approche prend le risque de devenir une matière pour un de mes livres”

Quand je suis arrivé en France à vingt-six ans en 1986, une autre éducation a commencé. Mon rapport à la lecture et à l’écriture est devenu encore plus obsessionnel, passionnel. Je pouvais emprunter et acheter tous les livres que je voulais, j’ai refait ma bibliothèque ! À partir de là, j’ai mené une sorte de double vie, puisque j’avais pour priorité la littérature, sans pour autant renoncer à ma thèse de sociologie. Je lisais beaucoup de romans et très peu de livres pour ma thèse, et je m’abstenais de me jeter dans l’écriture d’un roman parce qu’il fallait que j’écrive… ma thèse. Il a fallu attendre de la finir en 1993, d’avoir une courte expérience professionnelle dans le domaine de la sociologie, d’écrire beaucoup de textes que je n’ai pas présentés aux éditeurs ou qu’ils ont refusés, avant d’arriver à Place des fêtes, publié en 2001.

D’où jaillit votre inspiration ? Dans la postface des Fables du moineau qui semble vous être adressée, Ananda Devi écrit “Nous nous sommes appropriés leurs blessures. Nous en avons fait des oeuvres. Nous sommes des parasites. Nous suçons le sang des nôtres”, faisant entendre ce que l’écriture a de vampirique. Qu’en pensez-vous ?

Mon rapport au réel, surtout immédiat, fait que toute personne qui prend le risque de m’approcher a également tous les risques de devenir une matière. Ensuite, en écrivant, je la transforme pour essayer de créer entre cette personne et moi, et entre elle et elle-même, une grande distance. Cela revient en quelque sorte à accaparer une matière chaude et la refroidir, pour en faire quelque chose de relativement universel.

Mes personnages sont décrits de manière très sommaire. On les reconnaîtrait surtout par leurs discours et quelques traits généraux, mais les descriptions minutieuses ne m’intéressent pas tellement. Ce qui m’intéresse plutôt c’est comment, à partir d’une personne que je rencontre, d’un trait de caractère, d’une situation que je vis, aller vers des invariants de la condition humaine. Il y a en effet une dimension vampirique dans le travail de l’écrivain, du moins tel que je le conçois.

En va-t-il de même pour les personnages comme pour les lieux, leurs contours sont-ils volontairement flous sous votre plume ? Plus généralement, quel est votre rapport aux lieux ? Où écrivez-vous par exemple ?

Je n’ai pas de lieu privilégié pour écrire. Par la force des choses, j’écris le plus souvent chez moi, au milieu de la vie familiale. Je voyage beaucoup et suis plus disponible quand je suis à la maison. Néanmoins, tout lieu me convient pour écrire, les avions, les trains, les hôtels, … Je peux même écrire avec beaucoup de bruit, cela ne me dérange pas, je n’ai pas besoin d’isolement. L’isolement est intérieur et n’exige pas spécifiquement un endroit calme. Si je suis vraiment immergé dans mon texte, le bruit de fond m’accompagne sans me perturber.

Un lieu ne m’inspire pas plus qu’un autre. Quand j’écris un livre, je le porte suffisamment dans la tête, pour qu’à un moment donné le lieu compte peu. C’est ce que j’ai déjà à l’esprit qui m’inspire et me permet d’écrire partout.

“Je m’intéresse aux instants, comme l’hallucination ou le rêve, où l’humain échappe aux frontières étriquées de la raison, du rationalisme”

Quant aux lieux dans mes livres, c’est comme les personnages, on ne peut pas dire que mes descriptions soient très ancrées. Il est souvent compliqué de reconnaître les lieux dont je parle ; on se demande où est la limite du rêve, de l’hallucination. Mes descriptions sont impressionnistes et s’inscrivent dans ce principe que j’appelle le réel halluciné. Cela fait penser au réalisme merveilleux sud-américain, mais ce n’est pas exactement la même chose.

C'est-à-dire ?

Dans “halluciné”, j’enlève la notion de magie pour me référer à un réel qui englobe la vision du monde de certaines sociétés dans lesquelles la frontière entre le rationnel et l’irrationnel, ou le rêve et la réalité, n’existe pas.

Deux exemples me viennent en tête. Quand j’étais jeune, on laissait régulièrement une part du repas dans un coin de la cour, pour les morts. Nous avions de chiens et des chats, ce sont sans doute eux qui mangeaient cette “part des morts”, mais au réveil, on disait que les morts étaient venus manger. L’autre exemple c’est le rêve, ou plutôt le cauchemar, qui pouvait être lu comme un présage, par exemple si nous rêvions qu’une personne proche nous faisait du mal. Le réel ne se détache pas des croyances, et se nourrit parfois d’une forme d’hallucination.

Dans mon écriture, du moins certaines séquences, l’hallucination appartient au réel, à la vraisemblance, et je fais en sorte que ce qui aurait pu être un réalisme pur devienne quelque chose de flottant. Je m’intéresse aux instants, comme l’hallucination ou le rêve, où l’humain échappe aux frontières étriquées de la raison, du rationalisme.

Vous avez d’ailleurs tendance à abolir les frontières entre les formes : roman, poésie, essai, autobiographie, fable, conte… Cela correspond-il à une soif de les arpenter toutes, un souci de les hybrider et de les faire dialoguer, une défiance vis-à-vis de cloisons trop rigides entre les genres littéraires ?

C’est vraiment dans une perspective de mise en relation que je mélange les genres. J’ai eu longtemps l’illusion et l’envie d’échapper aux cloisonnements de manière générale. D’ailleurs, mon goût pour l’Amérique Latine est venu de cette envie, je voulais déjouer une attente. Il est devenu normal en effet d’attendre d’un auteur africain qu’il parle de son pays et de ce qui s’y passe, même si cette attente n’est pas nécessairement explicite. Mon premier roman était très ancré au Togo, mais pour les suivants je voulais échapper au continent africain. Par la suite, j’ai fait que certains ont appelé un “retour en Afrique”, mais ce retour s’est accompagné d’un déplacement puisqu’il s’est fait en Guinée, au Mali, au Cameroun, mais pas au Togo.

Et quand je repars au Togo par l’écriture, je choisis un espace suffisamment insignifiant pour qu’on ne l’identifie pas au pays, dont, par ailleurs, je n’aborde pas par exemple les grandes questions politiques. Ainsi parlait mon père et Les fables du moineau sont ancrés dans mon village mais il n’est pas identifiable. On peut lire ces fables en pensant à mon village sans pour autant nécessairement penser au Togo. C’est comme si je le contournais, tout en sachant qu’un jour, sans doute, je ferai du Togo une matière directe à ma façon. Jusqu’à présent, c’est plutôt une chanson en arrière-fond qui insuffle mon oeuvre. J’y ai vécu jusqu’à mes vingt-six ans, donc même en instaurant une distance, il est impossible que je n’entende pas cette musique au fond de moi lorsque je parle d’autres espaces.

“Quand on a lu Tolstoï, Dostoïevski, ..., il faut assumer l’idée que l’on est un petit oiseau”

Quel·le·s sont les auteur·e·s qui vous ont le plus inspiré ? Vos oeuvres sont traversées de nombreuses voix et regorgent de références : comment vivez-vous cette cohabitation ?

C’est une facilité que j’ai choisie : au lieu de porter toutes ces voix en silence et dans une forme de discrétion, je les invite directement dans le texte pour les assumer. Si je peux avoir la prétention d’être écrivain, je tiens à rappeler aux lecteurs, afin qu’ils fassent la part des choses, qu’il y a en moi tous les auteurs que j’ai lus. Quand on a lu Tolstoï, Dostoïevski, ..., il faut assumer l’idée que l’on est un petit oiseau. Cette image me suit, elle est présente évidemment dans Les fables du moineau, mais aussi dans La couleur de l’écrivain, où je parle des moineaux qui se prennent pour des aigles royaux.

La chance que j’aie d’être relativement visible ne vient pas de ma taille, mais du fait de m’être retrouvé sur des grandes branches. C’est souvent ainsi que l’on voit les petits oiseaux. Ils chantent, on lève la tête, le merle chante dans l’arbre. Les auteurs que je cite constituent les arbres dont les branches me portent et me rendent visible, bien que moi-même je sois insignifiant.

Ils sont très nombreux, mais il y en a un que j’ai mis au sommet, c’est Dostoïevski. J’ai appris auprès de lui comme un élève, en retournant sans cesse au texte. J’ai compris, à travers la complexité de son oeuvre, qu’aucun être humain n’est sans intérêt, et qu’aucun n’est absolument et uniquement ombre ou lumière. Il me fait saisir l’Homme dans ce qu’il a de plus troublant et dans ce qu’il pourrait avoir de plus lumineux, sans ligne morale tranchée et dogmatique.

Sinon, il y a Céline, Proust, João Guimarães Rosa, Gabriel García Márquez, … Du côté des Africains, Sony Labou Tansi avant tout, qui a transformé la matière sud-américaine avant moi, sans y avoir mis les pieds. En matière de travail sur la langue, c’est un maître que je vénère. Il est cette voix du bord du fleuve que je porte, et que j’aurais voulu être, même s’il n’y aura pas de deuxième Sony Labou Tansi. Il est venu, et a fait entendre une voix unique, originale, dont il faut s’inspirer pour aller vers autre chose.

Et les femmes ?

Il y en a beaucoup ! C’est vrai que j’ai parfois tendance à oublier mes références féminines, alors que dans mon panthéon, elles sont légion. Marie Vieux-Chauvet, en particulier, m’a beaucoup nourri. Elsa Morante aussi, L’île d’Arturo et tout le reste ; je ne comprends pas que le Nobel soit passé à côté d’une telle oeuvre.

Si je cite Virginia Woolf cela peut paraître trop évident, mais quelle auteure ! En France, il y a bien sûr Marguerite Yourcenar et Marguerite Duras. C’est un immense regret qu’à ce jour, pas une écrivaine française n’ait eu le Nobel de littérature. Comment peut-on passer à côté des deux Marguerite ? Marguerite Yourcenar, je lui ai rendu hommage en écrivant La fête des masques (2004), qui s’inspire clairement - c’est écrit dans le texte - de Mémoires d’Hadrien.

Il y a aussi Zoé Valdés, Zora Neale Hurston, Alice WalkerLa couleur pourpre a été une révélation pour moi, il y a longtemps. Nadine Gordimer m’a beaucoup inspiré, Yvonne Vera, ou encore Were Were Liking, dont l’oeuvre est d’une telle beauté... et qui appelle ses romans des “champs”, c'est magnifique. Il y a bien sûr Mariama Bâ, dont Une si longue lettre a inspiré mon premier roman. Je pense aussi à Eimi Yamada, et ses romans La chrysalide brisée ou encore Amère volupté.

Mais si je ne devais en garder qu’une seule, ce serait Jamaica Kincaid. Originaire d’une petite île des Caraïbes, Antigua, elle a commencé à écrire aux Etats-Unis. En France, elle est connue par son livre Mon frère, qui a eu le Femina étranger. Elle parle des expériences familiales avec une langue unique : Autobiographie de ma mère, Mr. Potter (son père), Annie John (c’est elle), Mon frère, et le dernier traduit en français, Voyons voir, inspiré de son divorce avec son mari, le compositeur Allen Shawn. Toute son oeuvre a puisé dans sa famille.

“Si je suis hanté par les ombres de la mort et de la maladie, je tente, en abordant ces thèmes, de rendre compte d’une forme de jubilation”

Et vous, quels sont vos thèmes de prédilection, les petites musiques qui traversent votre oeuvre ?

 

L’obsession principale, ma meilleure musique, c’est la mort, et son corollaire, la maladie, surtout la maladie mentalement invalidante. C’est une hantise ; je préférerais être écrasé à un feu rouge que de me retrouver invalidé mentalement. Cette crainte donne lieu à un univers relativement sombre et assez réaliste, pas au sens de la transcription du réel, mais au sens où je laisse peu de place à l’illusion quant à la destinée humaine. On peut me considérer comme pessimiste ; je ne pense pas l’être, je dirais plutôt d’une grande lucidité. Et si je suis hanté par les ombres de la mort et de la maladie, je tente, en abordant ces thèmes, de rendre compte d’une forme de jubilation. Je donne une jubilation à tout, à tel point que l’on peut oublier les ombres qui traversent mes textes.

 

Mais il est vrai que la violence et la mort me taraudent et que je suis fasciné par ce qui me fait peur. D’une certaine manière, j’ai envie de croire que si j’accorde une place importante à ces ombres, elles seront conjurées. Si je les tiens en amitié, que nous vivons ensemble, comment pourraient-elles me faire du mal ? Je plaisante, je sais bien que cela ne suffira pas évidemment, ce n’est pas parce qu’on parle d’elles qu’elles ne viennent pas et d’ailleurs quand elles décident de venir, elles le font sans nous avertir.

Outre le fait de tenir ces ombres en amitié, comme vous dites, quels pouvoirs accordez-vous à la littérature ? On a tendance, aujourd’hui, à lui prêter beaucoup de choses de manière parfois utilitariste, elle aurait notamment une fonction de soin, de réparation du monde et de nous-même, qu’en pensez-vous ?

Dans La couleur de l’écrivain, j’écris que la lecture ne sert à rien en tant que telle. Il ne faut pas nous laisser illusionner par des discours sur la culture contre le mal. Je rappelle dans un chapitre de ce livre que si cela avait été une vérité, alors l’Allemagne, pays des plus grands écrivains et philosophes, n’aurait pas connu le nazisme. On prête à la littérature plus qu’elle ne peut, et c’est même parfois dommage. Surtout à notre époque.

“Les écrivains ne peuvent plus dire qu’ils jouent un rôle, tout simplement parce que ce ne sont pas les voix que l’on écoute”

Pour que l’on puisse dire que la littérature joue un rôle, il faut souligner qu’elle a continué d’exister après que les grandes figures littéraires ont disparu. Elles n’existent plus aujourd’hui, et j’ai tendance à croire que nous avons les grands écrivains que nous méritons. D’autre part, on oublie souvent que la littérature s’est elle-même banalisée par sa prolifération. Il y a tant de livres à digérer, avant de pouvoir dire que la littérature nous sert à quelque chose ! Elle est devenue une marchandise. Les gens lisent, en grande majorité, ce que les médias ont décidé de mettre en avant comme livres qu’il faut lire. Or ce n’est certainement pas de cette manière que l’on pourra accorder une importance à la littérature.

Quant aux écrivains, ils ne peuvent plus dire qu’ils jouent un rôle, tout simplement parce que ce ne sont pas les voix qu’on écoute. Si aujourd’hui il y avait une cause très importante à défendre et que quelqu’un de mal inspiré m’appelait pour que je la soutienne avec d’autres écrivains, ce serait comme une piqûre de moustique, alors que si on appelait Kylian Mbappé, la cause deviendrait tout de suite mondialement célèbre. Les voix qui portent ont changé de nature et les footballeurs ou les chanteurs font bien mieux entendre la leur qu’un Prix Nobel de littérature comme Le Clézio ou Modiano.

Donc la littérature n’a plus de grand pouvoir. Pour autant, il faut quand même qu’on lui reconnaisse son utilité, afin qu’elle puisse au moins servir de divertissement pour ceux qui s’y intéressent. Elle peut être utile pour certains individuellement, mais globalement, elle ne sert à rien.

Si elle peut être utile individuellement, n’a-t-elle pas aussi à voir avec le collectif, le politique ? Lorsque la littérature redéfinit ou élargit la notion de communauté, qu’elle démasque les rapports de domination, n’est-elle pas éminemment politique ?

Oui, certes. Le problème, c’est que même quand un livre démasque des rapports de domination, il faut que l’oeuvre imprègne la société pour que le message passe. Or pour le moment, même les oeuvres les plus médiatisées n’imprègnent pas la société par leur contenu mais par la médiatisation de l’auteur. Nous en sommes arrivés au point où l’auteur devient plus important que ce qu’il écrit, où sa personne éclipse son oeuvre. C’est le cas pour Houellebecq, dont on dit le plus souvent qu’il sent notre société : et alors ? C’est le cas pour Le Clézio, dont on se souvient plus du fait qu’il ait eu le Nobel, que de ce qu’il a écrit sur la beauté des autres cultures qu’il faut rechercher même quand on se croit appartenir à la culture dominante.

“Nous ne vivons plus à l’ère des imaginaires, mais à celle des experts”

Souvenons-nous du passage de l’ex-ministre de la Culture à la télévision peu après l’obtention du Nobel de littérature par Modiano. L’histoire peut sembler anecdotique, mais pour moi elle est un symptôme fort qui vient confirmer ce que je pense, sans aucune amertume d’ailleurs. Sur le plateau, l’ex-ministre a spontanément évoqué Modiano, simplement pour dire qu’elle avait déjeuné avec lui. La journaliste lui pose alors une question simple, de bonne foi : lequel de ses textes préférez-vous ? La ministre n’a pu en citer aucun. Le fait d’avoir déjeuné avec Modiano lui semblait important au point de s’en vanter alors que personne ne lui avait posé la question, en revanche elle ne l’avait jamais lu. Elle n’est pas la seule bien sûr, c’est tout le sort de l’écrivain. Beaucoup de gens me disent qu’ils ont acheté tel livre parce que tout le monde en parle, mais ils ne l’ont jamais ouvert, parfois même ils le revendent sans l’avoir lu.

Le politique et la littérature ont un lien très fort. La politique inspire toujours les écrivains et reste l’un des sujets favoris de la littérature, mais celle-ci n’a aucun impact sur la politique. Parfois nous signons des manifestes, mais le président doit rire dans son coin, des écrivains signent des tribunes tandis qu’il a des choses sérieuses à faire.

Dans Ainsi parlait mon père, je parle de Mario Vargas Llosa, qui a été battu au second tour des présidentielles péruviennes de 1990 par un obscur inconnu Péruvien au nom japonais, Alberto Fujimori. Je conclue ironiquement : heureusement pour lui, cette défaite lui a évité de se rendre compte que la politique est une chose beaucoup plus sérieuse que la littérature, fussent des grands livres comme La ville et les chiens, La maison verte, ou La guerre de la fin du monde. L’écrivain, il me semble, doit avoir l’humilité de reconnaître qu’il ne pèse pas tant que cela sur les logiques du monde. Quelle que soit sa colère, il ne soulève pas des montagnes. Une fois que cela est dit, on peut se pencher sur des chose inutiles.

“A notre époque c’est dans l’immédiat qu’il faut convaincre, or l’imaginaire prend du temps”

Quand les écrivains s’essaient à la politique, c’est d’ailleurs souvent raté, en témoignent Senghor ou Césaire. Je préfère les écrivains qui s’inspirent des politiques pour écrire de grands livres, en étant conscients néanmoins que ces derniers n’auront jamais d’impact sur la politique, parce qu’aujourd’hui nous ne vivons plus à l’ère des imaginaires, mais à celle des experts. Les économistes, les spécialistes de la communication, les “experts” en tous genre, ont une influence sur la politique et contribuent à changer le cours du monde. Ce n’est plus le cas des écrivains, que l’on ne sollicite presque plus, à part pour quelques dîners en tête-à-tête, comme Philippe Besson avec le président Macron, ou pour des postes marginaux, comme Leïla Slimani à la Francophonie. Ces personnes se rendent bien compte qu’elles ne peuvent pas avoir une influence dans un domaine où prévaut une logique d’efficacité.

À notre époque c’est dans l’immédiat qu’il faut convaincre, or l’imaginaire prend du temps. Quand on a cinq ans pour essayer de travailler et préparer le second mandat, on ne peut pas “perdre du temps” avec un imaginaire. Certains écrivains ont toutefois le courage d’écrire des pamphlets même s’ils sont conscients que cela ne joue pas, je pense à Jean Rouaud par exemple, parmi d’autres.

Pour revenir à ce qu’il y a de politique dans la littérature, celle-ci ne peut-elle pas, comme vous le faites dans votre dernier livre Les fables du moineau, donner à voir d’autres manières de se rapporter au monde que celles qui prévalent aujourd’hui, en particulier avec les autres mondes vivants ?

Je n’ai pas encore évoqué Edouard Glissant, mais pour le paraphraser, il y a en effet une nécessité aujourd’hui de revenir à une poétique de la totalité. C’est peut-être cela qu’il nous reste à faire, accepter que nous ne sommes au centre de rien du tout, que des animaux existaient il y a des millions d’années bien avant nous, que nous nous sommes érigés à tort comme les êtres les plus évolués de la création.

Peut-être que nous réenchanterons le monde pour nous-mêmes, en acceptant cette poétique de la totalité, dont font partie non pas seulement ce que nous considérons comme les vivants, mais l’ensemble des étants, si l’on part de l’idée que tout cela participe d’un mystère que même la science ne parviendra jamais à décoder entièrement. En effet, elle ne pourra sans doute jamais répondre à cette question, que Schopenhauer considérait comme essentielle : pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ? On peut expliquer comment les choses sont arrivées là, supposer que le vide nous a précédés par exemple, mais au fond, nous ne saurons jamais.

Dans cette poétique de la totalité, on pourrait accepter l’idée de la beauté des cruautés nécessaires. Je tente de dire dans Les fables du moineau que l’on ne peut pas se leurrer, l’amour entre nous implique aussi des complémentarités où la mort intervient. On se nourrit de l’autre, le prédateur ne peut pas seulement se nourrir de la proie, et la proie elle-même n’est pas que proie. Un oiseau mangé par un serpent mange l’insecte. Nous ne pouvons pas nous soustraire à cela, l’humain fait partie de cette chaîne, c’est notre condition universelle. Même s’il a réussi à échapper à un certain nombre de ses prédateurs, il se rappelle à lui de temps en temps : un requin à l’île Maurice, un crocodile quelque part en Afrique, etc… Et il ne faut pas oublier non plus que le petit insecte que l’on tue peut être d’une mystérieuse complexité et avoir 90% d’éléments communs avec un être humain.

Est ce que la poétique de la totalité pourrait être une nouvelle poétique ? Ce n’est pas certain.

La littérature peut éventuellement, à sa mesure, inviter à porter un regard moins anthropocentré sur les vivants non-humains, même si on a souvent tendance à projeter ce que l’on connaît sur les animaux notamment, je pense à votre phrase “à quoi rêvent les fourmis ?” dans Les fables du moineau.

Nous ne pouvons pas faire autrement que de projeter ce que nous connaissons de nous sur les animaux, tout en les observant pour comprendre que nous ne sommes pas si originaux. Les scientifiques estiment en tout cas qu’un certain nombre de comportements que l’on considérait comme spécifiquement humains, ne le sont pas.

La fraternité va au-delà des espèces. Cette totalité, sans même parler des univers que nous ne connaissons et n’habitons pas, donnerait naissance à une autre beauté, une autre vision des choses. Mais je le dis sans trop y croire, parce que jamais la notion d’accumulation est arrivée à une telle autonomie, au-delà même du capitalisme. Ce à quoi l’on assiste aujourd’hui ne répond à aucune logique : l’accumulation par une minorité qui se projette comme seul modèle de vie pour la totalité.

“Même si nous savons que nous n’allons pas changer le monde, nous avons peut-être un devoir de raconter”

C’est un drame terrible. Les psychologies les plus minoritaires n’ont jamais été aussi majoritaires qu’à notre époque. Quelques individus font le monde et on a beau les critiquer, on les imite, d’autant plus que leur existence est révélée à tout le monde par le biais du numérique. Tout le monde sait qui est Bill Gates. L’uniformisation est extrêmement forte, au détriment de bien d’autres manières d’être au monde.

Si vos livres rappellent souvent la petitesse et le dérisoire de la condition humaine, ils célèbrent aussi la puissance du récit, comme ici : “Moineau, chacun de nouveau vient sur la terre habite une miette, assez dérisoire, de l'Éternité, puis s’en va (...) cependant, devant l’oubli que nous serons forcément, fleuriront d’abord les souvenirs. C’est pourquoi toi et moi avons chanté les nôtre (...)”.

Oui, puissance du récit, mais un récit dont la transmission est parcellaire, morcelée. Il faut renoncer à l’idée que ce récit devienne un récit national, en tout cas je n’y crois plus. Il n’est plus possible, à mon sens, d’avoir une démarche nationale ou au-delà, qui fasse sens à partir de la littérature et de nos récits.

Ceci étant dit, même si nous savons que nous n’allons pas changer le monde, nous avons peut-être un devoir de raconter. C’est de cette manière seulement que nous nous prolongerons un tout petit peu au-delà de notre brièveté programmée - quel que soit le nombre d’années que nous vivons, ce n’est même pas une goutte d’eau dans l’immensité. Raconter, c’est au moins s’approcher de l’espoir de transmettre. À qui ? On ne sait pas vraiment, mais ceux qui nous feraient l’honneur de se pencher sur ce que nous racontons et ainsi nous porter un peu au-delà de nous.

Vous êtes sceptique sur la portée des récits à l’échelle de la société, mais certains sont tellement ancrés dans l’imaginaire qu’ils ressurgissent au détour d’une actualité, et nous aident à l’affronter, je pense à La Peste de Camus dans le contexte du Covid-19, entre autres…

Oui, c’est incroyable, et pourtant ce n’est pas le livre de Camus qui est le plus cité habituellement. On peut penser aussi au retour de Notre-Dame de Paris de Victor Hugo l’année dernière. Notre-Dame a brûlé, et Hugo est venu. Même si tous les Français ne l’ont pas relu, Notre-Dame de Paris a dépassé les catégories parisiens / non-parisiens, etc. et a fait sens. Elle est revenue comme un récit national.

“La littérature a des monuments qui, parce que le temps a coulé sous le pont de l’éternité, nous parlent mieux”

Si on considère que ceux qui écrivent aujourd’hui ne sont pas à la hauteur, que l’on n’a pas envie de les lire, alors laissons-les tranquilles, et relisons les écrivains du passé ! Les livres ne meurent pas, et la littérature a encore des monuments qui, parce que le temps a coulé sous le pont de l’éternité, nous parlent mieux sans doute. Ils ne sont plus là pour parasiter ou éclipser leur oeuvre, et celle-ci a fait la preuve de sa solidité en voyageant dans le temps. Les Russes lisent Dostoïevski. Ces grands auteurs peuvent jouer un rôle que nous ne pouvons pas jouer. C’est peut-être le passé qui, mieux que le présent, enchante à la fois le présent et l’avenir.

Pourtant, force est de constater que des attentes s’expriment aussi vis-à-vis des écrivain·e·s d’aujourd’hui. Ils et elles sont notamment exposé·e·s à de nombreuses sollicitations : festivals, salons, conférences… Que pensez-vous de cette tendance qui s’amplifie à notre époque ?

Ce bruit est un signe du temps, un signe de la mort de la littérature. Quand nous devenons des marchands que l’on invite à s'asseoir derrière le tapis, c’est du moins la mort de l’image sacralisée de l’écrivain. Certains se refusent absolument aux sollicitations. Moi non, je vais dans les universités, les festivals, les conférences. Là je rentre tout juste du Mali, au moins d’avril j’aurais dû participer à des conférences aux Etats-Unis, qui sont annulées à cause du contexte sanitaire…

Mais je sais ce que cela signifie. Je ne crois pas que cela puisse ne pas agir sur notre capacité à être en communion avec notre intériorité. Ce mouvement nous fait courir le risque que notre regard s’affine mais en ne nous livrant que la superficie des choses. J’en parle dans La couleur de l’écrivain, à propos de ces écritures qui ne nous montrent que la beauté de la surfac du lac, sans pénétrer dans son ventre. Quid, alors, du mystère du lac ?

Cette agitation joue, d’une manière ou d’une autre, sur ce que nous écrivons. Non seulement nous n’avons pas le temps d’aller vers ce que l’on pourrait appeler une spiritualité profonde, mais en plus les événements littéraires dictent parfois la temporalité de l’écriture, puisque certains écrivains programment leurs publications au gré des calendriers des salons. C’est symptomatique d’une époque.

Certains se soustraient à ces sollicitations, on ne verra jamais Marie Ndiaye ou Pascal Quignard dans un salon, par exemple. Leurs oeuvres sont profondes, et leur travail sur la langue requiert une grande concentration qu’ils ne pourraient pas atteindre s’ils étaient tous les jours dans un avion.

Dans ce que j’appelle la “comédie littéraire” - c’est le sous-titre de La couleur de l’écrivain - nous aspirons de plus en plus à la légèreté, pas au sens où Kundera l’entend, mais au sens de superficialité. Les textes superficiels sont légion, ils peuvent être beaux, mais on les oublie aussitôt parce qu’il n’y a rien à l’intérieur. Ces textes peuvent être bien écrits, mais ils nous font oublier que l’on existe et ne résonnent pas en nous, ils ne nous interpellent pas au niveau de notre propre intériorité. C’est pourtant cela, la littérature, suivre un auteur dans son univers et soudain, se rendre compte qu’il nous amène à nous poser des questions sur nous-mêmes.

Vous sentez-vous parfois aspiré par une envie de retranchement, pour renouer profondément avec votre intériorité, que ce soit dans l’écriture ou la lecture ?

Oui, cela me tente. Parfois, c’est une question basiquement matérielle. Quand on nous invite à un événement littéraire, on voyage et on touche de l’argent, cela fait réfléchir ! Parfois je ne peux pas me permettre de refuser ce cachet, même si le sujet que l’on me propose est stupide, que je dirai des choses stupides, et qu’en prenant l’avion, je suis même plus stupide que les personnes qui ont formulé le sujet.

La question financière est importante, parce que beaucoup d’entre nous se sont professionnalisés dans l’écriture. Quand les écrivains commencent jeunes, ils doivent d’autant plus accepter les sollicitations. Parfois ils sont invités pour la qualité de ce qu’ils font mais aussi parce qu’ils sont jeunes, sauf que les jeunes ne restent pas toujours jeunes, que d’autres émergent et prennent la place, auquel cas les sollicitations baissent et ils ont moins le luxe de dire non. Personnellement, il m’arrive de dire non quand des événements ne me conviennent pas, j’ai encore la chance d’être assez sollicité.

“Les mots ont une histoire, une âme, et quand on transpose un mot dans un autre monde linguistique, on perd une part de notre propre densité”

Les questions que l’on me pose m’amènent toujours à réfléchir, même quand ce sont les mêmes, parce que je repense à mes réponses a posteriori, donc elles évoluent. Je pars de l’idée que quand il parle, un écrivain dit souvent n’importe quoi. Mais quand il relit ce qu’il a dit et qu’il se rend compte qu’il a effectivement dit n’importe quoi, il peut y revenir. C’est tout le jeu de La couleur de l’écrivain, où je pars de questions que je trouve très bêtes à l’origine, mais que je m'efforce de creuser pour voir si elles ne sont pas une sorte de symptôme, une surface vers des questions profondes et essentielles. Si la question est posée, c’est qu’elle a son intérêt. Elle agace dans son insistance, mais elle conduit néanmoins l'écrivain à ouvrir des choses qui ne sont pas simples à admettre, et auxquelles il a tendance à répondre par des pirouettes.

Un exemple de pirouette : « moi, ça ne me pose aucun problème de ne pas écrire dans ma langue maternelle, puisque ma langue d’écriture, c’est mon pays. » À cela, j’ai envie de répondre : « bon, mais si tu avais une langue maternelle écrite, tu ne parlerais pas ainsi. Un Russe ou un Japonais ne dirait pas cela. Ce n’est pas comme si tu avais le choix, tu dis cela pour te justifier et parce que la question est gênante. Tu ne peux pas dire que si tu écrivais dans ta langue maternelle, ce ne serait pas différent de ce que tu écris. Bien sûr que ce le serait. »

Cela soulève des questions très profondes sur la langue. La langue n’est pas un “outil”, comme beaucoup s’évertuent à le dire ; elle porte une culture et une civilisation, les mots ont une histoire, une âme, et quand on transpose un mot dans un autre monde linguistique, on perd une part de notre propre densité. Quand Kundera se met à écrire en français, ce n’est plus la même oeuvre. Son oeuvre la plus puissante est celle qu’il a écrite dans sa langue maternelle ; l’autre est très intéressante mais pas aussi exceptionnelle. Kundera n’est pas Beckett ou Nabokov. Beckett a écrit une oeuvre magnifique en français. Nabokov est pour moi le seul écrivain à avoir écrit une oeuvre splendide dans sa langue maternelle, et une oeuvre d’une égale puissante dans une autre langue, l’anglais.

Vous lisez le russe ?

Non, j’ai un ami qui le lit, le journaliste qui apparaît dans La couleur de l’écrivain, Boniface Mongo-Mboussa, qui a fait ses études à Saint Pétersbourg, et me dit toujours “ah ! Si tu avais lu Dostoïevski et Tolstoï dans le texte !” Je l’envie de pouvoir le faire. Toutefois, même traduites, ces oeuvres comportent autre chose que si elles avaient été écrites en français. Andreï Makine écrit merveilleusement bien en français, langue qui faisait partie de sa culture même quand il était en Russie. Quel texte que Le testament français !

Je pense aussi à l’écrivaine canadienne Nancy Huston, qui a magnifiquement poursuivi son oeuvre en français. Mais ces écrivains demeurent des exceptions. Beaucoup s’y sont essayés et ont arrêté tout de suite, Steinbeck par exemple qui est retourné à l’anglais après quelques tentatives, et heureusement, parce que ce qu’il nous a donné est très fort.

Vous parlez de la mort de la littérature aujourd'hui, de la mort de la figure sacralisée de l'écrivain, mais quel·le·s sont les auteur·e·s qui vous inspirent tout particulièrement dans la littérature contemporaine, ou plutôt, quelles sont les oeuvres que vous conseilleriez ?

J’aime beaucoup l’oeuvre d’Ananda Devi, et j’ai rendu cette admiration officielle en lui consacrant la troisième partie de La couleur de l’écrivain. Elle arrive à écrire des textes qui ont une prise sur le réel tout en étant allégoriques. Il y a toujours un mythe derrière son écriture, ce qui lui vient entre autres de son identité d’Indienne de l’île Maurice.

Carole Martinez a écrit trois romans magnifiques, Le coeur cousu, Du domaine des murmures et La terre qui penche.

J’aime particulièrement Mauvignier, notamment Dans la foule et Des hommes.

Je conseillerais aussi le superbe livre de Jean Marie Blas de Robles, Là où les tigres sont chez eux.

J’aime tout ce qu’a écrit Marie Ndiaye, Rosie Carpe, Trois femmes puissantes, Hilda pour le théâtre. Il faut rappeler que c’est la première femme vivante dont une pièce, Papa doit manger, a été jouée à la Comédie française.

Mathias Enard aussi, en particulier La perfection du tir, Zone et Boussole.

Hubert Haddad est un magnifique écrivain, avec des livres comme Palestine, Le peintre d’éventail. C’est immense, et je regrette que les prix d’automne ne l’aient jamais consacré.

Pour terminer, Annie Ferret, et son recueil de nouvelles Sur la sellette.

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