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Une heure avec...

Chloé Savoie-Bernard

· Une heure avec

“J’aime que la poésie soit complètement à l’envers du monde”

| Propos recueillis par Margaux Lombard.

+ Retrouvez la playlist de Chloé Savoie-Bernard à la fin de l'entretien.

Chloé Savoie-Bernard est une écrivaine québécoise qui a publié Royaume scotch tape (L’Hexagone, 2015) ; Des femmes savantes (Triptyque, 2016) ; Corps (dir.) (Triptyque, 2018) et Fastes (L’Hexagone, 2018). Elle mène par ailleurs des recherches sur la poésie féministe québécoise entre 1970 et 1990.

Pour commencer, une question un peu générale : quel est votre rapport à la littérature ?

J’ai mis tous mes œufs dans le panier de la littérature. Elle a donné un sens, une forme, à qui j’étais et à qui je suis. Je me définis beaucoup au travers de cet amour des lettres, qui a tout dirigé : beaucoup de mes amitiés se sont formées dans ce terreau, j’ai fait de longues études en littérature, les manières que j’ai de gagner ma vie tournent toutes autour de la littérature… Publier ne rapporte pas beaucoup d’argent, donc nous sommes obligés de faire autre chose pour vivre. Je prends souvent la parole dans des conférences, au début cela m’ennuyait un peu, mais maintenant j’aime bien. Quoi qu’il en soit, si on enlève la littérature de ma vie, tout tombe, elle n’aurait plus de sens. C’est un peu terrible d’ailleurs, la littérature m’engouffre !

Quand et comment y êtes-vous venue ? Et à l’écriture ? Qu’est ce qui vous a donné envie d’écrire ?

J’ai toujours beaucoup aimé lire. Aller à la bibliothèque et dans les librairies usagées fait partie de mes rituels de vie depuis très longtemps, j’ai été élevée ainsi. Il se passe rarement une semaine sans que j’emprunte des livres à la bibliothèque ou que j’en achète, neufs ou d’occasion, en librairie. Ce sont des lieux où je me sens bien, souvent les premiers que je visite en voyage.

“Pourquoi écrire des poèmes dans un monde qui va si mal ? Ça a quelque chose d’absurde et de puissant, je crois dans la poésie”

La lecture a comblé ma solitude d’enfant et mes besoins d’évasion. Quand on a la chance de trouver aussi tôt un tel amour, je pense qu’il demeure toute une vie. Chez moi, l’écriture est venue par la lecture. J’ai eu mon premier journal vers six ans, et ensuite je n’ai jamais cessé d’écrire. J’ai publié sur des blogues et j’ai commencé assez tôt, à l’adolescence, à écrire des nouvelles. La poésie est venue vers le début vingtaine, ça m’a surprise, mais j’ai adoré cette forme-là.

Pourquoi la poésie précisément ? Pouvez-vous parler de votre choix d’écrire avant tout des poèmes ?

Je ne sais pas si c’est un choix ! J’écris de la poésie parce que c’est comme une petite musique qui m’habite constamment. J’ai l’impression que c’est une parole magique, puissante, qui me fait me découvrir moi-même, mais qui met aussi en mots autre chose de bien plus grand et plus vaste que moi. J’adore aussi lire la poésie des autres. La poésie est difficile, compliquée, elle demande beaucoup d’intuition et de travail. C’est pour moi à la fois très naturel et très exigeant. J’aime aussi que ce soit complètement à l’envers du monde. Pourquoi écrire des poèmes dans un monde qui va si mal ? Ça a quelque chose d’absurde et de puissant. Je crois dans la poésie.

Quel·le·s sont les auteur·e·s qui vous ont le plus inspirée ? Les oeuvres qui ont influencé votre écriture ?

Beaucoup d’auteures m’ont inspirée, et continuent d’ailleurs de le faire ! The bell jar de Sylvia Plath (La cloche de détresse en français) est une œuvre qui m’a beaucoup marquée. Je l’ai lue adolescente, et j’y ai trouvé à l’époque des contours, des mises en mots de ce que je ne savais pas nommer.

Ces dernières années, j’ai beaucoup lu Marie Vieux Chauvet, ou encore Jamaica Kincaid, qui est l'un de mes derniers coups de cœur littéraires. Sa lucidité, son intelligence, sa manière de décrire la nature et toutes sortes de violences, me fascinent. Un peu comme Clarisse Lispector, l'auteure notamment de La passion selon G.H, que j’ai découverte récemment : elles mêlent toutes les deux une grande violence et une grande douceur, une grâce, qui me subjuguent.

Le travail de la philosophe Sara Ahmed me fascine aussi, je la trouve implacable, émouvante, brillante et intègre. Elle est pour moi un modèle d’intellectuelle. Je trouve toujours de la nouveauté dans ses textes, même ceux que j’ai déjà lus et relus.

L’œuvre cinématographique d’André-Line Beauparlant, son rapport décalé au documentaire et à la famille, me parlent aussi énormément.

“On ne commence pas un texte en se disant que l’on veut montrer quelque chose, c’est beaucoup plus organique”

L’intertextualité est palpable dans vos textes, Royaume Scotch tape en particulier qui est traversé par de nombreuses références, à Antoine de Saint Exupéry, Hervé Guibert, Marguerite Duras, Boris Vian et d’autres…

Royaume Scotch tape est mon premier livre, donc j’étais vraiment chargée de pleins de références, je me sentais constituée de toutes ces voix. J’ai pensé le livre avec l’idée de construire une maison, un foyer, celui de la littérature. Comment construire la bibliothèque qui me constitue comme écrivaine ? Cette question est très vite venue. La famille nucléaire ne fonctionne pas forcément dans Royaume Scotch tape, il y avait donc l’idée de construire et de penser la famille autrement, dans et avec la littérature.

Dans Des femmes savantes, j’accorde une grande importance aux auteures, c’était important pour moi, comme une sorte d’hommage. Les écrivaines féministes se sont beaucoup citées entre elles, ont beaucoup travaillé à partir des textes des autres auteures, j’ai beaucoup pensé à cela. Dans Fastes, mon rapport aux textes est déjà différent, les références sont moins présentes, j’y accorde moins d’importance.

Peut-on parler d’une sororité littéraire ? Quels rapports votre création littéraire entretient-elle avec le féminisme, et avec vos recherches universitaires sur la poésie féministe au Québec ?

Souvent, on s’attend à ce que je définisse mon féminisme avec des tirets. Or je trouve que si les catégories du féminisme sont utiles pour la recherche, elles le sont beaucoup moins pour la création littéraire. Je les connais, je peux les nommer et dire que mon féminisme est intersectionnel par exemple, mais pour moi c’est évident, comment pourrait-il ne pas l’être ? C’est quelque chose qui fait partie de mon identité, de mes lectures, de mon rapport au monde, mais qui n’entre pas en compte de manière délibérée dans ma poésie.

“Parfois la littérature me répare, parfois elle me met à l’envers, parfois elle ne me fait rien du tout”

En tout cas, la littérature ne peut pas être pensée de cette manière. On ne commence pas un texte en se disant que l’on veut montrer quelque chose, c’est beaucoup plus organique. Cela ne veut pas dire pour autant que ce n’est pas politique, et que ma poésie n’est pas portée par mes lectures théoriques et philosophiques.

Quels sont vos thèmes de prédilection, ou les petites musiques récurrentes qui traversent vos poèmes, et vos textes en général ?

Des mots : colmater, failles, ballant, chair, talisman. Des thèmes : le silence, le corps, le féminisme, le sacré.

L’omniprésence du corps est frappante dans vos textes. Il semble associé à un double mouvement, de dévoration et de morcellement, intimement lié au poids d’une histoire lourde à porter. Dans Des femmes savantes, vous écrivez : “je ne les laisserai partir que lorsqu’on aura épuisé toute mon histoire, crevé tous les abcès de la colonisation de mon corps par mes aïeux, qui étaient eux-mêmes les subalternes de leur destinée, mes amants ne pourront me quitter que lorsqu’on aura détricoté tous les fils de ma genèse”.

Je me suis un peu lassée d’écrire sur le corps, mais en fait c’est comme mon cheval de croix, je ne pense pas que j’arriverai à m’en débarrasser… Cela part de mes difficultés assez personnelles à gérer le mien Avant je ne reliais pas vraiment ces difficultés à la racisation, mais désormais elles me semblent de plus en plus tenir à celle de me sentir visible dans des environnements très blancs, et au sentiment que mon corps fait obstruction à l’écoulement de ma personnalité.

Tout part de ce noeud irrésolu que je voudrais résoudre, mais je n’y parviens pas. Je déploie donc des stratégies pour faire en sorte que ces difficultés coexistent un peu mieux. Le corps reste très présent dans mes textes, et il est souvent mis à mal en effet.

"Je pense que la littérature est le lieu de l’agencement"

Le morcellement, la dissémination, se retrouvent dans la forme même de l’écriture, comme si vous vouliez écrire l’impossible unité. Est-ce-que pour vous, la littérature est associée à l’espoir de tendre vers une forme d’unité ou de cautérisation (pour reprendre un mot que vous employez à la fois dans Fastes et Des femmes savantes) ? Est-ce plutôt un lieu qui accueille le morcellement ? Ni l’un ni l’autre ?

C’est une bonne question, mais il m’est difficile d’y répondre, parce que ma réponse change de jour en jour. Le terme qui me vient le plus souvent, c’est l’agencement. Je pense que la littérature est le lieu de l’agencement. C’est en tout cas un lieu où j’essaie d’agencer des corps, où je cherche des façons d’assembler des corps et où je tente d’agencer des archives des corps passés. Ces corps sont tous différents, et forment une sorte de constellation fluide, en mouvement. Ces corps sont autant de voix politiques.

"La littérature est profondément et toujours politique, même quand on ne le sait pas, même quand on ne la veut pas comme telle. C’est pour cela qu’elle est dangereuse"

On entend de plus en plus parler, de nos jours, de “la littérature réparatrice”, comme si la littérature avait vocation à réparer la société abîmée dans laquelle nous vivons, et nous-mêmes. Qu’en pensez-vous ?

Avant, j’aurais répondu par un non catégorique. Je tenais beaucoup à une littérature de la blessure, une littérature qui se tient au coeur de la blessure pour la garder ouverte. Je pense toujours qu’elle doit montrer la blessure, mais je pense aussi qu'après, ce que les lecteur·ice·s en font ne nous regarde pas. Tant mieux si la littérature répare, cela ne nous appartient pas. Parfois la littérature me répare, parfois elle me met à l’envers, parfois elle ne me fait rien du tout. On ne peut pas avoir une approche dichotomique ou manichéenne de cette question.

Selon vous, que peut la littérature aujourd’hui, dans le monde qui est le nôtre ? A-t-elle une forme d’utilité sociale ?

Je crois que oui, elle a une utilité sociale. On a besoin du politique, on a besoin de mesures pour l’équité sociale, etc., mais la littérature permet aussi de solidariser, de mettre en mots des expériences floues. La littérature est profondément et toujours politique, même quand on ne le sait pas, même quand on ne la veut pas comme telle. C’est pour cela qu’elle est dangereuse.

Le fait de prendre la parole, de créer et d’énoncer un discours, est toujours politique, parce que cela vient rompre un silence. Nous avons grandi dans un contexte socio-économique de prédation, nous faisons partie de rapports de pression et de domination structurels, nous sommes tous embarqués dans la politisation. Notre rapport au politique est présent de toute façon, pas dans le sens d’une affiliation à un parti, mais dans le sens où toute parole réorganise, repense et fait partie de flux de pouvoirs. C’est très politique, en 2020, de dire “moi, j’échappe au politique”. Cela me paraît complètement factice, parce que dire cela est d’emblée une position politique.

Vous dites que la littérature peut être considérée comme dangereuse, précisément en vertu de cette dimension politique. Qu’en est-il de vos textes et de leur éventuelle charge critique ou subversive ?

Pour mon premier livre, Royaume scotch tape, j’avais peur, je ne savais pas. En fait j’ai peur à chaque fois, mais je pense que c’est une bonne peur, que c’est bien d’avoir peur, d’y penser, d’avoir honte ou d’être dans l’inconfort par rapport à nos textes. Mon but n’est pas de choquer ou d’être trash, je ne me dis pas avant de publier “je vais jeter un pavé dans la mare”, en revanche j’écris avec les enjeux qui me traversent, et je sais que parfois ce sont des sujets sensibles. Je me dis que cela va peut-être changer quelque chose pour moi, et donc potentiellement pour d’autres lecteurs ou lectrices.

"La vie est toujours brusque, violente, donc la littérature l’est forcément"

Il arrive que l’on me dise, dans des débats ou conférences, que ce que j’écris est choquant ou trash. Je pourrais dire que je ne comprends pas pourquoi, mais ce serait stupide de ma part, il faut tenter de comprendre. C’est parfois choquant simplement parce que j’essaie de mettre le doigt sur des choses difficiles. Mais la littérature n’est pas faite pour dire des choses que l’on a l’habitude de dire, elle est plutôt faite pour articuler des questions qui n’ont pas de matérialité dans la parole commune.

Il se trouve que la vie est toujours brusque et violente, donc la littérature l’est forcément. Les textes littéraires qui m’interpellent vraiment sont ceux qui me font ressentir une certaine violence, mais ce n’est pas simplement gratuit, ce n’est pas pour le plaisir de la violence en tant que telle.

Vous prenez assez souvent la parole en tant qu’écrivaine. Selon vous, que peuvent les écrivain.e.s, peut-on dire qu’i·el·ls ont une partition à jouer, une mission à assumer, ou bien est-ce trop leur prêter que de dire cela ? On les sollicite beaucoup à notre époque, en témoigne la recrudescence des festivals, salons littéraires en tous genres, comment percevez-vous ce mouvement ?

J’ai une position mitigée par rapport à cette question. D’un côté, j’essaie de répondre présente lorsqu’on me sollicite à prendre position sur tel ou tel sujet, parce que je connais mon privilège et parce que je me dis parfois que si je dis non, il n’y aura peut-être pas de représentation de personnes racisées sur tel ou tel panel. De l’autre, j’estime aussi que mes livres devraient parler pour eux-mêmes, que l’essentiel et le plus précieux de ma voix y est déjà, et que toute parole publique, en ce sens, est peut-être superflue.

Je trouve parfois qu’il y a beaucoup de bruit autour des livres et pas assez de lecture, pas assez d’écriture. La parole publique prend du temps, et ce temps, on ne le consacre pas à travailler ses textes. Mon rapport à ces questions reste encore à peaufiner, à mieux gérer, à mieux réfléchir.

Quel rapport, quels liens, entretenez-vous avec vos lecteur·ice·s ?

J’ai beaucoup de retours sur Instagram, où je suis assez présente. Parfois c’est formidable et je rencontre de nouvelles personnes, mais il m’arrive aussi d’être mal à l’aise, notamment quand je ne sais pas répondre aux questions.

J’ai un public largement composé de jeunes femmes, j’écris souvent pour des jeunes femmes un peu plus jeunes que moi ou de mon âge. Je suis très contente que mes livres touchent un lectorat, mais je sais combien c’est fragile. Je suis contente et trouve fun le fait d’être publiée et de faire des conférences, sans pour autant me faire d’illusions sur la durée. Je dois rester détachée. Le lectorat est quelque chose de flottant, qu'il ne faut pas avoir peur de perdre. Cela ne doit en tout cas pas entacher ma joie, ma volonté et mon désir d’écrire. Pour l’instant, cela n’a pas été le cas. Il faut également se garder d’écrire pour plaire.

Y a-t-il une oeuvre, contemporaine ou passée, que vous conseilleriez à nos lecteur·ice·s, une oeuvre qui vous a semblé particulièrement inspirante ou éclairante ?

Je pense à Catherine Mavrikakis, qui a été l’une de mes professeurs à l’université. Elle a ouvert de nouveaux espaces, des nouvelles manières de voir la littérature, et nous a familiarisés avec des corpus que l’on n’avait pas l’habitude de travailler, comme la littérature du sida, la littérature queer, la littérature des femmes…

Elle appréhende la littérature à partir de micro-détails de l’écriture, pour ouvrir ensuite sur des questions plus larges, ce qui me plaît beaucoup. D’autre part, sa manière de concevoir la littérature comme un espace de trahison, comme un espace de tous les possibles, de toutes les contaminations, m’a ébahie. Avec elle, on apprend à ne pas avoir peur d’être cruel, avec soi et avec les autres.

Je reviens souvent à sa parole d’essayiste. Elle a une façon que je trouve très féconde d’aborder les sujets, avec un œil que je qualifierais d’oblique, qui ne se laisse jamais séduire par les effets de mode. Pour moi, elle sera toujours l’un des esprits les plus brillants du Québec contemporain. Je suggère donc la lecture de son recueil d’essais L’éternité en accéléré.

Plus généralement, qu’est-ce-qui vous inspire dans la littérature contemporaine, quel type de littérature ? Celle qui plonge dans la rugosité du monde et le documente, celle qui vous éloigne d’une certaine emprise du réel, … ?

Beaucoup de choses m’inspirent. Les livres mais aussi le mouvement, la danse, le yoga. Les arts visuels m'inspirent énormément, bien que je m'y connaisse peu. La nature m’inspire, la ville, la marche. Les discussions avec mes ami·e·s.

"Je préfère lire des essais, de la poésie. J’y cherche toujours des images nouvelles, des formulations inattendues, des fulgurances"

J’aime les livres d’Anne Dufourmantelle. J’ai aimé aussi dernièrement Rupture(s) de Claire Marin. Ce sont des paroles qui se situent entre la psychanalyse, la poésie et la littérature, qui m’aident à réfléchir, à penser ma relation au monde. J’aime généralement la philosophie, en particulier la philosophie écrite par des femmes : Luce Irigaray, Sara Ahmed, Catherine Malabou, Martine Delvaux. Je lis de moins en moins de romans, je crois que j’en ai trop lus. Je ne sais pas trop si j’en écrirai un jour. Je préfère lire des essais, de la poésie. J’y cherche toujours des images nouvelles, des formulations inattendues, des fulgurances, en quelque sorte.

Vous évoquez les arts visuels, dont on sent en effet qu’ils nourrissent vos textes, de même que les arts vivants. Les images autour du mouvement sont récurrentes, dans Fastes par exemple vous écrivez à un moment “la chorégraphie des pertes”. Quel rapport votre création littéraire entretient-elle avec ces autres formes d’arts ?

J’aime beaucoup les arts visuels, même si je ne suis pas spécialiste et ne dispose pas de toutes les clés pour les saisir. Quand je visite une nouvelle ville, c’est une des premières portes d’entrée. D’autre part, de nombreuses personnes de mon entourage travaillent dans les arts visuels. C’est très important pour moi, et je pense qu’il y a quelque chose dans mon oeil, une forme d’attraction.

Quant au mouvement, il est extrêmement important dans ma vie. Je fais beaucoup de sport, cela fait partie de ma discipline. J’aime découvrir des mouvements chorégraphiques, et j’essaie de multiplier les ateliers, les workshops autour du mouvement. J’aime les liens entre littérature et mouvement, et lorsqu’ils sont mis en scène à travers des performances par exemple. Je pense de plus en plus à des projets autour de ces liens, mais j’attends d’avoir une idée de génie !

Je ne sais pas comment c’est en France, mais au Québec, il y a énormément de lectures de poésie. C’est très différent des performances, mais disons qu’au fur et à mesure des années, j’ai pris goût à monter sur scène, ce que je n’aimais pas du tout avant. Il y a un an j’ai fait ma première performance, récemment j’en fait une de trois heures dans une galerie d’art puis une autre dans un autre espace culturel, et chaque fois j’ai adoré. Le mélange entre littérature et circulation du corps dans l’espace avec des objets m’intéresse, c’est ce vers quoi j’aimerais aller.

À ce sujet, dans quelles conditions écrivez-vous ? Où et quand ? Et de quoi jaillit votre inspiration ?

J’écris un peu partout, un peu tout le temps. Je n’ai pas de routine très précise. J’écris des vers sur mon téléphone quand je marche, dans un petit carnet que je traîne partout ; dans des cafés, dans des bars ; le matin, le soir... Quand je trouve le temps et que je ne suis pas inondée par l’écriture universitaire, le travail, les tâches à faire, la cuisine, le ménage. J’aime beaucoup écrire à la campagne, dans la nature, mais ça n’arrive pas si souvent.

Mon inspiration vient de mon quotidien, de mes amies, de mes amours. Je travaille toujours à partir de la violence, celle qui m’habite, qui est mon moteur ; de celles qui sont subies aussi, par moi et par d’autres. Ces temps-ci, je cherche à travailler l’amour, plus précisément quel est le centre de l’amour, son cœur et sa chair, malgré la violence. L’amour au-dehors du seul contexte amoureux.

Enfin, pour qui écrivez-vous ou pensez-vous écrire ?

J’écris d’abord pour moi. Je pense que j’écris aussi beaucoup pour les femmes, pour celles qui sont susceptibles de se sentir peut-être un peu moins seules grâce à des choses que je nomme. J’écris pour mes amies. J’écris en pensant que ça ne change rien, que je le fasse, mais que je me trahirais si je ne le faisais pas.

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