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Aïko Solovkine

par

Margaux Lombard

· Portraits

« Chasseuse d’images, de phrases, de tournures… je suis très attentive. Une vraie collectionneuse. »

Son sens affûté de l’observation, l’écrivaine Aïko Solovkine, née à Bruxelles en 1978, l’a mis au service, entre autres, du journalisme pendant dix ans (après des études d’archéologie et d’histoire de l’art), et de la fiction, qui depuis longtemps fait partie de sa vie. La pratique de l’un comme de l’autre reflètent son « attachement au réel ». Pour ses récits, en effet, elle puise notamment son inspiration dans les journaux et en particulier les faits divers.

Son premier roman publié en 2014 chez Espace Nord, Rodéo, a été écrit à partir d’un faits divers irrésolu : un viol collectif suivi de la mort d’une jeune femme. Elle a des carnets remplis d’histoires et des romans dans les tiroirs, mais celui-ci est le premier qu’elle a soumis à une maison d’édition, et dont le succès (prix de la première oeuvre par la Fondation Wallonie-Bruxelles en 2016, réédition en janvier 2020) lui a ouvert les portes d’événements littéraires, conférences, et autres résidences d’écriture. Elle est également l’auteure de plusieurs nouvelles, ainsi que de deux pièces de théâtre: Rwanda Inc. et Mare Nostrum, jouées au Théâtre de la Vie à Bruxelles en janvier 2019.

Rodéo, elle l’a écrit d’une traite en trois mois suite à « un pari de nouvel an avec des amis », la nuit (debout à un pupitre pour lutter contre le sommeil), d’une part parce qu’elle allait au travail la journée et n’avait d’autre choix pour tenir le délai imparti, d’autre part pour parvenir à « une nervosité, une rapidité » dans l’écriture.

Si son style à l’écrit est frénétique et souvent tranchant, sa voix est plus suave et posée. Elle n’hésite pas à laisser flotter des silences réflexifs, et passe facilement d’un air sérieux et profond à de grands éclats de rire. Elle était en tout cas joyeuse ce samedi ensoleillé de mars où elle nous a reçue chez elle, dans le quartier Dansaert au centre de Bruxelles. Dans le salon spacieux typique des vieilles maisons de la ville, les grandes plantes sautent aux yeux, et une immense bibliothèque trône, au fond de la pièce, près de la fenêtre donnant sur la rue.

Les livres sont soigneusement classés, elle semble presque savoir où chacun se trouve. On aperçoit de nombreux titres récents, essais comme romans ; elle est très à la page. Tout en promenant son regard sur les étagères pour vérifier qu’elle n’oublie personne, elle nous cite, pêle-mêle, les écrivains et les écrivaines qu’elle aime le plus. Ils et elles viennent d’un peu partout, mais elle est attirée en particulier par les romans américains et la littérature européenne germanophone.

Pour son pseudonyme toutefois, elle est allée chercher du côté du Japon et de la Russie. Aïko Solovkine n’est en effet pas son « vrai » nom, lequel elle n’a jamais envisagé de faire figurer sur ses livres. Cette nouvelle identité littéraire, elle l’a choisie en écho et « clin d’oeil » à son histoire personnelle. « Aïko » signifie - entre autres - « enfant des cendres » en japonais, et « Solovkine » vient des îles Solovki, où fut installé le premier goulag. Les sonorités des deux mots se répondent, comme pour se faire féconder les imaginaires auxquels ils sont associés.

Elle insiste justement à plusieurs reprises sur le caractère déterminant de son rapport aux lieux. Elle a presque toujours vécu en Belgique, mais aussi un peu dans les Balkans, au Canada, au Rwanda… pays qui l’habitent encore, dont elle garde « des énergies, plus que des images ». Mais ce sont les paysages industriels qui l’inspirent en premier lieu : « c’est mon topos, mon terrain de chasse. Et la géographie je n’en sors pas, celle qui est limitée, mais très chargée ».

Elle n’y déroge pas pour son prochain roman à paraître, qui se déploie dans un environnement similaire à celui de Rodéo. Elle met plus de temps que pour ce dernier, pas seulement parce qu’elle travaille intensément depuis quelques mois pour un festival international de création contemporaine. « Je pensais que j’allais enchaîner rapidement avec un deuxième roman, mais bizarrement pas du tout, c’est plus long à écrire que prévu », dit-elle. On attend Simba avec impatience.

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